Dans mon enfance, une femme en cheveux était une femme de mauvaise vie

J’entends des participants des manifestations contre le mariage pour tous, tels le député Wauquiez ou Mme la ministre Boutin,  parler de changement de civilisation. C’est à leur intention que j’ai écrit et imagé ce texte. Quand nous nous rendions à la grand messe chaque dimanche dans le bourg voisin, ma mère, comme les autres femmes, se coiffait d’un chapeau.

Durant la guerre de 1939-1945, le feutre qui servait à fabriquer les chapeaux des dames devint un matériau rare. Les allemands ne se contentaient pas de nous voler nos pommes de terre, ils démontaient les statues en bronze pour les fondre et construire des canons. Ce fut la grande époque de l’ersatz, un substitut de moindre qualité remplaçant un produit de première nécessité comme le sucre ou le beurre. La saccharine remplaça le sucre et la margarine, dont les mauvaises langues disaient qu’elle était fabriquée à partir de vieux chiffons, se substitua au beurre.

Plus de feutre, plus de chapeau, les femmes se couvrirent la tête avec un foulard ou une mantille. La guerre finie,  elles s’habituèrent vite à ne plus couvrir leurs cheveux. Les prêtres furent bien obligés d’accepter la nouvelle mode.Les cheveux longs disparurent. Les femmes se firent la tête au carré. Parce qu’elles travaillaient comme les hommes elles s’habillaient et se coiffaient comme eux.

Je me souviens d’un hiver particulièrement glacial en Alsace. Un jour de février, je voulus faire visiter la cathédrale à une amie de passage à Strasbourg. Les églises ne sont guère confortables l’hiver. On n’y caille de froid. Mon peu de cheveux m’obligeait à me couvrir la tête d’un bonnet de laine. Je montrais à mon amie les vitraux éclairés par un soleil d’hiver quand, soudain, un homme marcha vers nous en agitant les bras. Il m’ôta ma casquette et, traversant la croisée, à grands pas, la jeta au dehors. Furieux, je sortis récupérer mon couvre-chef et rentrait de nouveau dans la cathédrale. Me couvrant la tête, j’affrontais le gaillard dont la colère ne s’apaisait pas. Je crois qu’il me disait que les arabes étaient respectueux de leurs coutumes et que nous devions en faire autant.

Une autre fois, j’entrai dans le Sacré Coeur. Un homme surveillait la tenue des visiteurs. Les shorts étaient interdits sans doute pour ne pas offenser Dieu, lequel a pourtant dessiné lui-même le corps des femmes. Le cerbère qui était à l’entrée m’obligea à ôter ma coiffure. Ainsi, l’Eglise tolérait que les hommes et les femmes aient semblablement  la tête nue.

Que dire de la civilisation? Laquelle? Celle des chapeaux de feutre?  Notre Dame est envahie par des foules nombreuses de touristes vêtus  avec le moins de tissu possible. Les prêtres ne s’effraient plus de voir des jeunes filles en short, signe avant-coureur de la fin de la civilisation chrétienne?

Où sont les religieuses de mon enfance qui enseignaient les filles dans des collèges bien verrouillés? Le temps des uniformes est fini. J’habitais non loin d’un collège où se rendaient les soeurs de mes camarades de collège. Elles étaient vêtues d’une jupe violette et d’une veste de la même couleur en signe de deuil. Les religieuses éducatrices pleuraient encore la décapitation du roi Louis XVI. Nous étions en pleine guerre. Le portrait du maréchal Pétain était punaisé aux côtés du crucifix. De fait, ces écoles religieuses marquaient ainsi leur différence avec les écoles républicaines.Les nazis occupaient la France et les religieuses pleuraient le roi Louis décapité par les révolutionnaires. Elles vivaient dans le passé, aveugles à ce qui se passait sous leurs fenêtres. Pétain représentait, pour ces congrégationsn le retour aux valeurs traditionnelles. Il les rassurait. Lui, au pouvoir, l’Eglise catholique survivrait au cataclysme. L’occupation allemande avait mis fin à la République. Elles se moquaient bien de la République. Elles auraient volontiers dansé de joie en apprenant la bonne nouvelle.

Elle était là la fracture qui séparait deux civilisations adverses séparant le pays en deux: celle, démocratique, de la liberté contre celle de l’obéissance à une Eglise fortifiée, dominée par un Pape Tout puissant.

Pétain était le chef légitime de la France et les catholiques, à l’exception de quelques-uns entrés dans la Résistance, l’assuraient de leur fidélité.

Quelle est donc cette civilisation en cheveux et donc non chapeautée dont la disparition effraie monsieur le député et madame la ministre, tous les deux de droite? Encore des abus de langage. Il paraît que la famille est la cellule de base de nos sociétés et que la mariage pour tous célébré entre deux hommes ou deux femmes  risque de changer la donne.

Ce sont des catholiques convaincus qui ont défilé dans Paris, certains qu’ils sont en accord avec la volonté de Dieu. Faut-il leur rappeler que Jésus n’est pas venu baptiser les bébés et célébrer les mariages. Il ne se souciait ni des bébés ni des mariées couronnées de roses et leurs longues chevelures recouvertes  de voiles blancs. Parmi les douze apôtres, certains étaient mariés, étaient pères de famille. A l’évidence, Jésus n’a montré aucune attention aux familles. BIen au contraire.

Ne nous a-t-il pas dit que nous n’entrerions dans l’éternité du Royaume de son  Père que si nous nous détachions de tout ce qui nous rattache à la terre, y compris nos biens et nos affections. Pour entrer dans le ciel, il nous faut nous alléger et changer nos habitudes. Plus rien n’a d’importance que de nous projeter dans le ciel en reniant tout ce que nous considérions avant lui comme un bien précieux.

 

 

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